Martine Blanchard

Auteur de romans policiers et thrillers

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Du meurtre au meurtrier

Du meurtre au meurtrier

Pour trouver une réponse à cette question, nous supposons que l'acte est un révélateur de l'acteur. Il s'ensuit qu'une idée sur la nature de l'homicide devrait nous éclairer sur la personnalité du meurtrier.

L’intention de tuer son prochain présente, pour celui qui le conçoit, de réelles difficultés et des risques considérables. Le futur meurtrier doit s’insensibiliser aux souffrances de sa victime (qu'il connaît la plupart du temps). S'il ne la tue pas du premier coup, il s'expose à une contre-attaque. Par ailleurs, il doit bien se douter que la très grande majorité des homicides sont punis par de lourdes peines de prison. Et il n'est pas sans savoir que le meurtre fait l'objet d'une désapprobation extrême, que les assassins sont contemplés avec horreur et bannis. Le meurtre présente donc cette caractéristique d'attirer sur son auteur une cascade de résultats catastrophiques.

Si le meurtrier est passé à l'acte malgré tout, c'est qu'il n'en pouvait plus. Sa femme le trompait ouvertement. Son rival persistait à le traiter de manière injuste, l'humiliait, le menaçait. Sa victime allait le dénoncer. La situation était insupportable. Il lui fallait mettre un terme à l'injustice, faire cesser l'humiliation, échapper au péril imminent. Dans de tels cas, le meurtrier est mobilisé par des troubles : colère, rage, ressentiment, peur. Harcelé par l’injustice, l'insulte, la menace, tout son champ de conscience se concentre sur le moment présent. Il est incapable d'entrevoir les effets à long terme du crime qu’il est sur le point de commettre. La seule chose qui compte est se venger, châtier, supprimer un témoin, se défendre.

Le passage à l'acte s'explique donc largement par les pressions qui s'exercent dans la situation où se trouve le meurtrier quelque temps avant l'instant fatal. Mais un citoyen ordinaire ira-t-il jusqu'à tuer dans des circonstances pareilles ? C'est douteux. Car il supporte avec sagesse les petites injustices et n’en fait pas tout un plat. Il fait mine d'ignorer les bravades. Il fait comme la peste les situations où il serait obligé de se battre. Quand il est incapable de les éviter, ses amis l'empêchent d'en venir aux poings. C'est dire que le meurtrier ne se distingue pas de la plupart d'entre nous seulement par son crime mais aussi, premièrement, par sa sensibilité extrême à l'injustice et, deuxièmement, par sa marginalité sociale. La majorité des meurtriers trahissent leur marginalité par trois signes : ils ont des antécédents criminels ; ils n'ont pas d'emploi et ils sont célibataires. Une position sociale aussi précaire les rend peu sensibles aux conséquences catastrophiques qu'entraîne l'acte de tuer son prochain : ils n’ont pas grand chose à perdre. Qui plus est, leur réseau social n’est pas très garni en pacificateurs. En cas de conflit, ils n'ont pas grandes chances qu'un tiers impartial et aimant la paix soit disponible pour leur venir en aide. Et pour des raisons évidentes, ils ne voudront pas appeler la police. Ils seront alors réduits à régler le litige par leurs propres moyens, ce qui peut vouloir dire par des moyens violents.

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